Ladislas Starewitch - Premières figurines animées - 1910

Ladislas Starewitch - Collections : La Cinémathèque française

Ce sont les tout premiers acteurs des tout premiers films d'animation en stop-motion. Ces marionnettes ont 108 ans. Bien conserver, vous ne trouvez pas?

Je reproduit ici Un texte d’lrène Starewitch sur les marionnettes. Conférence prononcée en 1934 devant le Club Cendrillon.


[...] Je voudrais vous présenter les titres de noblesse des petits acteurs que vous avez vus sur l’écran et qui sont présents en « chair et en os », je devrais dire en « chiffon et en bois » dans les vitrines exposées dans cette salle. La plus noble et la plus lointaine aïeule de la marionnette cinématographique est la poupée. Celle avec laquelle jouaient déjà les enfants des temps les plus reculés. A l’époque préhistorique en Afiique, dans l’ancienne Egypte, les petits enfants avaient, tout comme vous, des poupées qu’ils dorlotaient, avec lesquelles ils jouaient, et pour lesquelles ils inventaient et imaginaient d’innombrables histoires mer— veilleuses (aujourd’hui on nomme cela des scénarios), des aventures extraordinaires où se trouvaient mêlés également tous les autres jouets. Ensuite viennent les marionnettes, qui tout d’abord furent de petites figurines sculptées de la Vierge Marie dans les «Mystères de Noël» ressemblant à nos crèches actuelles. Plus tard les « Marie » ou « Marion » s’appellent marionnettes et par la suite ce terme s’applique à tous les théâtres de poupées.
Il y a eu et il existe encore des théâtres de marionnettes dans tous les pays. En Grèce les marionnettes jouaient des pièces très sérieuses, les mêmes que les acteurs vivants. A Rome les marionnettes étaient plus gaies et c’est à Naples que naît la première vedette-poupée, c’est Pulcinelle, qui s’appelle ainsi parce qu’il a un nez crochu et une petite voix de poussin. Maintenant vous avez certainement deviné que Pulcinelle est le père de notre Polichinelle, qui reste la figure la plus populaire du théâtre de marionnettes, Polichinelle le querelleur, le tapageur, le gourmand, célèbre pour ses coups de bâtons, son rire jovial, ses facéties et sa voix perçante et nasillarde, et ses deux bosses naturellement.
Le frère cadet de Polichinelle, c’est le fameux Guignol, et je ne vous ferai pas l’injure de vous le décrire, vous savez combien il est spirituel et comme il sait bien rosser le gendarme. Vous devez savoir également que Polichinelle et Guignol ont de nombreux cousins, en Angleterre c’est Punch le plus turbulent de tous, de l’autre côté du Rhin c’est le gros gourmand Hanswurt, il y a aussi Petrouchka le petit garçon russe gai et insouciant, en Turquie il y a Caraguez, et dans chaque pays, en Chine, en Perse, où sais—je encore, il y a un théâtre de marionnettes avec une marionnette—héros tout comme Polichinelle. Vous voyez donc que la marionnette cinématographique a une très belle parenté, mais elle est plus moderne et diffère de ses frères et soeurs. Les marionnettes théâtrales sont mises en mouvement par différents moyens : soit par des ficelles comme le théâtre des Piccoli italiens, soit enfilées sur la main comme le Guignol - théâtre lyonnais -, soit enfin au moyen d’un bâtonnet comme le théâtre de Java, dont vous avez pu voir des marionnettes exposées dans différents musées.
La marionnette cinématographique n’a qu’un seul animateur et c’est le cinéma lui—même. Elle est articulée mais ne peut être animée qu’au cinéma. C’est pourquoi, si le cinéma n’existait pas, mon Père n’aurait pas pu créer ses marionnettes, ni les animer pour leur faire vivre toutes sortes d’aventures merveilleuses.

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