Hermann Hesse - Gertrude - 1910


Si, en témoin impartial, je jette un regard d'ensemble sur ma vie, elle ne semble guère heureuse. Mais je ne peux cependant la qualifier de malheureuse, malgré toutes mes erreurs. Et finalement, il est bien déraisonnable de se préoccuper de bonheur et de malheur, car il me semble que je renoncerais moins volontiers aux jours les plus tristes de ma vie qu'à tous ceux qui furent gais. Peut-être l'essentiel d'une vie humaine consiste-t-il à accepter consciemment l'inévitable, à vider la coupe du bien comme du mal, et à dominer soi-même son propre destin, sans concession au hasard et indépendamment de la fatalité extérieure ; s'il en est ainsi, ma vie ne fut ni misérable ni malheureuse. Si la fatalité extérieure s'est abattue sur moi comme sur tous, inévitable, imposée par les dieux, ma destinée intérieure n'en a pas moins été mon oeuvre propre, dont la douceur ou l'amertume dépendent de moi, et dont je pense pouvoir revendiquer seul la responsabilité.
Hermann Hesse - Gertrude - 1910

Commentaires