The Vlog of Mat .18





Il est fort agréable de marcher sur ces lits de feuilles fraîches qui crépitent et craquent sous les pas. Comme ces feuilles vont au tombeau en beauté ! Comme elles s’allongent doucement et se transforment en humus, peintes de mille coloris, dignes de servir de couche aux vivants que nous sommes. Elles se rendent donc à leur dernière demeure en cortège, légères et folâtres. Elles ne portent pas le deuil, survolent le sol avec allégresse, à la recherche du lieu idéal où se poser ; elles ne commandent pas de stèle protégée d’une grille ouvragée ; elles ne font que parler de leur quête en murmurant à travers bois. Certaines choisissent ­l’endroit où il y a déjà en dessous des corps d’hommes en train de se décomposer, et elles les rencontrent à mi-chemin. Que d’émoi avant qu’elles ne reposent dans le calme de leur tombe ! Elles qui planaient si haut, comme elles retournent à la poussière avec contentement et s’abaissent, résignées à se laisser décomposer au pied de l’arbre, afin de fournir la nourriture à de nouvelles générations de leur espèce, aussi bien que pour reprendre leur essor ! Elles nous apprennent à mourir. On se demande si le jour viendra où les hommes, qui se vantent de croire en l’immortalité, s’allongeront avec autant de grâce et de maturité et, avec la sérénité de l’été indien, se déferont de leur corps comme ils se coupent les cheveux ou les ongles. (Teintes d'automne – Henry D. THOREAU)

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